Ibrahim Ben Ayed: l’inventeur du parachute pour avion en 1930

Le prince Ibrahim Ben Ayed, inventeur et écrivain.

Ibrahim Ben Ayed, prince tunisien par l’alliance de la famille Ben Ayed au Vice-roi d’Egypte Mustapha Fazil, et ingénieur en aéronautique, fut le premier inventeur d’un système de parachute pour carlingue. Il en déposa le brevet en décembre 1930.

Brevet déposé par M. Ibrahim Ben Ayed.

L’idée première de cet inventeur était d’assurer, en toute circonstance, le sauvetage des passagers. Pour cela, la cabine de l’avion est munie de galets et roule sur un chemin constitué par deux fuselages indépendants et réduits à l’état de poutres élémentaires. Le parachute est logé dans la partie centrale de l’aile. Il est étalé d’une façon spéciale sur une grille et il suffit d’ouvrir un petit volet pour que le vent relatif du déplacement de l’avion arrive sous la voilure et la déploie sans danger. Au même moment, et par le même mouvement, le pilote libère la cabine. Le parachute, en se déployant, entraîne cette cabine qui, glissant sur le chemin de roulement des deux fuselages, échappe de la zone dangereuse constituée par l’avion désemparé.

Système de cabine larguable imaginé par M. Ben Ayed.

Une chose incroyable du destin, aura voulu qu’en 1947, sa première femme et cousine la princesse Emina Fazil meurt dans un crash d’avion près de Terracina en Italie le 15 février 1947.

Cette invention a été reprise en 2016 par un ingénieur Ukrainien Vladimir Tatarenko décrite ci-dessous en vidéo.

Seriez-vous prêt à payer plus cher votre billet d’avion et voyager sereinement ? C’est ce que l’avenir nous dira.

US1923963A

Kais BEN AYED

La principauté de Djerba.

Le traité de Tunis étendit à toute la chrétienté les privilèges commerciaux dont les républiques maritimes de l ‘ Italie jouissaient en Barbarie . Aussi le commerce fut – il très – actif avec cette contrée de l ‘ Europe , à la fin du XIe siècle et dans tout le cours du XIVe . Cependant il y eut quelques hostilités pour la possession de l ‘ ile de Djerba . Cette île , ayant secoué la domination des rois de Tunis , était devenue un repaire de pirates . L ‘ humeur aventureuse et inquiète de ces insulaires était connue depuis longtemps . Une légende populaire cherchait à l ‘ expliquer en leur donnant une origine infernale : on disait que leurs ancêtres étaient nés de l’accouplement impur des démons avec des femmes de Sicile.

En 1284 , Roger de Loria , amiral de Pierre , roi d ‘ Aragon et de Sicile , se trouvant en mer avec sa flotte , et n’ayant , pour le moment , rien de mieux à faire , proposa à ses officiers la conquête de l ‘ île de Djerba , en leur offrant la perspective d ‘ un grand butin . Comme en effet ce nid de pirates devait renfermer des richesses considérables , la proposition fut accueillie avec transport , et , le 12 septembre , les Siciliens arrivèrent à l’ile de Djerba . Roger de Loria fit aussitôt occuper le détroit par une de ses galères, pour prévenir la fuite des insulaires , ou arrêter les secours qui pourraient venir du continent . Il attaqua ensuite , avec son habileté et sa résolution ordinaires , et eut bon marché des Djerbiotes , dont quatre mille furent tués et plus de six mille pris. Le butin fut tel qu’on l’avait espéré ; les prisonniers furent transportés et vendus en Sicile. Roger laissa une bonne garnison dans l’ile et permit à ceux des habitants qui avaient échappé à la mort ou à la servitude d’y vivre sous ses lois ; car il considéra Djerba et l’île de Kerkena , dont il s’empara aussi , comme lui appartenant en propre . Le roi Pierre lui en assura , en effet , la possession , qui se transmit à ses descendants.

Statut de Roger de Lauria.

La conquête des îles de Djerba et de Kerkena ne brouilla pas , pour le moment , la Sicile avec Tunis ; car , l ‘ année suivante , c’est-à-dire en 1285 , le traité de 1270 étant expiré , les deux puissances en conclurent un nouveau pour vingt-cinq ans.

Roger de Loria , ayant ensuite quitté le service de la maison d’Aragon , pour passer à celui de la maison d’Anjou, fit l’hommage de son petit état africain au pape Boniface VIII , qui lui en donna l’investiture , et envers qui il s’engagea à une redevance annuelle de 50 onces d’or.

Roger de Loria eut pour successeur , dans la principauté de Djerba , son fils aîné , appelé Roger, comme lui . La population musulmane de l’île se composait alors de deux tribus , les Oulâd-Mestouna , qui souffraient impatiemment le joug des chrétiens, et les Oulâd-Moavia, qui se soumettaient sans peine à leur domination. A la mort du premier Roger , il y eut une révolte des Oulâd-Mestouna , mais elle fut promptement étouffée par des troupes que le roi de Naples avait fournies . Le second Roger mourut sans enfant , et eut pour successeur son frère Charles , âgé de quatorze ans . A l’avènement de celui-ci , il y eut encore une révolte des Oulâd-Mestouna ; mais elle eut le même sort que la première . Charles de Loria ne résida , du reste , jamais à Djerba ; Simon de Montelin , qui en était le gouverneur, administrait cette île pour lui . A sa mort , la principauté passa à son fils Roger. Les Oulâd-Mestouna se révoltèrent de nouveau . Cette fois les troupes nécessaires furent envoyées par le roi de Sicile , Frédéric d ‘ Aragon . James de Castellar , qui les commandait , obtint d’abord quelques avantages sur les Arabes ; mais la chance tourna bientôt contre lui , et il fut défait et tué . La famille Loria eut recours , dans sa détresse , au roi de Naples et au pape, seigneur suzerain de Djerba ; mais , ne les ayant pas trouvés disposés à la secourir, elle s’adressa de nouveau au roi de Sicile . Frédéric ne consentit à fournir des troupes qu’ à la condition que les frais de la guerre lui seraient remboursés . Roger le promit et lui engagea pour nantissement l’île de Kerkena et le château de Djerba.

Statut de Roger de Lauria à Barcelone.

Les Oulâd-Mestouna , après la déroute de Castellar , s’étaient emparés de toute l’île , hors le château , où ils tenaient la garnison bloquée. Les Oulâd-Moavia , chassés par eux , s’étaient vus contraints de passer sur le continent, à l’exception d’une fraction de leur tribu , appelée les Oulâd – Darkes , qui faisaient cause commune avec les insurgés . Les choses en étaient là , lorsque les troupes de Sicile arrivèrent , conduites par Pelegrin de Pati . Ce général , dès la première affaire , perdit deux mille cinq cents hommes , c ‘ est-à-dire presque tout son monde , et fut lui-même fait prisonnier. Il se racheta peu de jours après , moyennant une forte rançon , et alla s’enfermer dans le château.

Frédéric s’était engagé dans une mauvaise affaire, mais il était trop avancé pour reculer. Il ne pouvait abandonner aux Arabes les chrétiens qui restaient encore à Djerba . En conséquence , il envoya une troisième expédition , commandée par l’ amiral Raymond de Montaner. Ce nouveau général eut de grands succès . Les Oulâd-Mestouna , battus sur tous les points , furent å leur tour obligés de quitter l’ile , et les Oulâd-Moavia y rentrèrent . Mais , peu de temps après , les premiers y revinrent , avec des secours considérables fournis par le roi de Tunis , et la guerre recommença avec plus de fureur que jamais . Le roi de Sicile , toujours de plus en plus engagé dans cette interminable affaire de Djerba , vit qu’il devait faire un dernier effort . Il fit partir l’amiral Conrad Lanza avec de nouveaux renforts . Les Oulâd-Mestouna , traqués de toutes parts , et ne pouvant passer sur le continent , par suite des mesures qui furent prises pour les en empêcher , furent exterminés. On n’épargna que les femmes , les filles de tout âge et les enfants mâles au-dessous de douze ans . Mais la guerre continua avec le royaume de Tunis . Cependant , comme ce pays était alors déchiré par des dissensions intestines , elle se fit avec peu d’activité . Enfin, en 1313 , une révolution ayant conduit au trône l’Emir Abou – Yahia , ce prince , désirant se fortifier , contre ses ennemis , de l’appui des chrétiens , auxquels il tenait par sa mère , conclut avec Raymond de Montaner une trêve de quatorze ans ; et ce général consentit à ce qu’il prît à son service des troupes chrétiennes , qui le firent triompher de ses ennemis.

Yahia se montra peu reconnaissant de ce service , comme nous allons le voir . Les Siciliens , après l’extermination des Oulåd-Mestouna , qui leur assura quelques années de repos, se figurèrent que la rigueur impitoyable était le seul moyen de gouverner les Arabes . Ce système a des partisans de nos jours, ainsi nous ne devons pas être surpris qu’il en eût dans le XIVe siècle . Mais il résulta de cette erreur de logique , que les Oulâd – Moavia , fidèles jusqu’alors , commencèrent à désirer un autre ordre de choses ; et comme il arrive presque toujours que le pouvoir absolu, délégué à des subalternes, les corrompt , les officiers siciliens en usèrent pour satisfaire leur cupidité et une autre passion dont les suites sont souvent plus dangereuses . Les Djerbiotes , tyrannisés dans leurs personnes , leurs biens , et , ce qui est plus sensible , dans leur honneur d’époux et de pères, se révoltèrent enfin et se donnėrent au roi de Tunis , qui , à l’expiration de la trêve , les accepta pour sujets et leur envoya du secours . Il s’empara aussi de Kerkena , et il ne resta plus aux chrétiens que le château de Djerba , dont les Arabes formèrent le siège.

La Sicile expédia quelques troupes , sous le commandement de Raymond de Peralta . Cet officier les introduisit dans la place ; mais , comme on allait débarquer les munitions de guerre et de bouche , survint une flotte combinée de Naples et de Gênes , alors en guerre avec la Sicile . Cette flotte s’empara des transports et mit en fuite les galères de Sicile. Son commandant vendit aux Arabes les armes prises aux Siciliens , et s ‘ éloigna en leur laissant le soin de continuer le siège du château , dont ils finirent par s’emparer. Ceci eut lieu en 1335 . La garnison fut massacrée ou réduite en servitude , et le commandant , Pierre de Zaragoza , inhumainement lapidé avec son fils , tout jeune homme qui paya peut-être , par cette mort tragique , quelques plaisirs prématurés . Ce fut ainsi que prit fin la petite principauté chrétienne de l ‘ ile de Djerba , après cinquante et un ans d’ existence.

Les Djerbiotes ne restèrent pas longtemps soumis au roi de Tunis. Ils reprirent, avec leur indépendance , leurs habitudes de piraterie . En 1355 , le cheikh de cette île devint maître de Tripoli,

Extrait d’Exploration scientifique de l’Algérie pendant les années 1840, 1841, 1842.

Regeb Bounemra, Hamida Ben Ayed, et Hamouda Lasram chefs miltaires et proches conseillers de Hammouda Pacha – رجب بونمرا ، حميدة بن عياد وحمودة لصرم أحد مستشاري المقربين لحمودة باشا

Il ne fait nul doute que Hammouda Pacha par ses réalisations politiques, économiques et architecturales ou par la stabilité qu’il a su renforcer, entrera dans l’histoire comme le fervent défenseur de l’autonomie tunisienne. Ce souverain a su s’entourer des bonnes personnes qui ont contribués au succès de son règne. Nous pouvons citer le puissant Youssef Saheb Etabaa, Mustapha Khodja, ou enfin Slimane Kahia. A côté de ses élites du pouvoir, Hammouda Pacha avait de nombreux conseillers qu’il avait nommés à des postes de confiance, parmi eux Hammouda Ben Abdelaziz, Larbi Zarrouk, Mahmoud Djelouli, des conseillers qui auront consacrés par leurs compétences et tous les moyens ont leurs possessions leurs souverains. Parmi ces proches conseillers, trois sont des chefs militaires auprès desquels Hamouda Pacha demandait conseils et les prenaient en compte dans ses décisions, il s’agit de Regeb Bounemra, Hamida Ben Ayed et Hamouda Lasram.

Hammouda Pacha Bey.

Regeb Bounemra. ( d. 1807)

Cet homme à consacré sa carrière au services de l’Etat et des Beys. Il gravit les échelons des grades militaires jusqu’à devenir Kahia de l’oudjak tunisien. Hammouda Pacha à put compter sur sur lui dans différentes missions, notamment en tant que commandant de l’armée, et s’est caractérisé par son intelligence et son courage. Hammouda Pacha lui avait accordé sa confiance et recherchait les conseils de Regeb même lorsque celui-ci fut atteint d’une hémiplégie faciale l’empêchant de parler, le Bey continua à rechercher ses conseils, et lui répondait par l’écriture.

رجب بونمرا

Palais du Général Hamida Ben Ayed à Djerba, Sedghiane.

Hamida Ben Ayed (d. 1817)

Il est originaire de l’île de Djerba, il occupa les postes civiles et militaires les plus prestigieux au sein de l’Etat Tunisien. Il occupa le poste de Caïd dans plusieurs régions de la Tunisie. Il occupa également le poste d’agent du Bey, et fournissait tout ce dont avaient besoins les invités de la Tunisie venant de Tripolitaine, nourritures, logements et autres. Ce poste témoigne que cet Homme est digne d’une grande confiance auprès de Hammouda Pacha. En plus de cela, comme en témoigne le consul Britannique de l’époque, Ben Ayed était l’un des plus riches tunisiens œuvrant dans dans le commerce extérieure. En ce qui concerne les missions militaires, Hamida Ben Ayed était Général de la cavalerie durant la guerre de la Tunisie contre l’Algérie en 1807, une guerre durant laquelle ce chef montra le courage d’un héros, et nous ne serons pas surpris de son courage si l’on apprend qu’il a dépensé une grande quantité en argent propre, pour mener la deuxième campagne militaire tunisienne contre l’Algérie après l’échec de la première.

Ce Général était l’un des Hommes tunisiens les plus proches de Hamouda Pacha, l’un de ses meilleurs conseillers, Ibn Abi Dhiaf le décrit comme : “Hamida Ben Ayed était toujours à la disposition de son Bey, il siégeait auprès de lui, lui prodiguait ses conseils et influait sur ses pairs.

حميدة بن عياد

Entrée du Palais du Général Hamida Ben Ayed à Bab Jdid.

Hamouda Lasram ( d. 1835)

Cet homme militaire à consacrer sa carrière à l’Etat tunisien et occupa les postes les plus honorables durant le règne de Hamaouda Pacha. Il occupa le poste de Grand douanier de Tunis qui est l’un des postes les plus important de l’Etat. il occupa le poste de chef (Kodja) des zouaves et commandait les armées. Hamouda Lasram était l’un des hommes les plus compétents de Hamouda Pacha dont il se suffisait pour les plus grandes missions, en plus de cela il lui était l’un de ses plus proches conseillers et digne de sa confiance.

Nous ne citerons que ces personnes pour leur spécificités militaires et de conseillers proches de Hammouda Pacha. D’autres personnes ont bien évidemment contribués à la prospérité dont s’est caractérisé le règne de Hammouda Pacha.

Patio du Dar Lasram

حمود ة لصرم

Extrait de : La Politique de Hammouda Pacha de 1782 à 1814, Rachad Al Imam.

Par Kais Ben Ayed.

Les Djerbi d’Istanbul du 18-éme au 20-éme siècle.

Les échanges entre la Régence de Tunis et l’Empire Ottoman remonte à un passé lointain.

En remontant sur les traces de nos ancêtres nous découvrons par exemple que le premier caïd de la dynastie Ben Ayed, Kacem Ben Ayed, était à la tête d’une délégation chargée de 1748 à 1752 de livrer à l’Empire Ottoman, les offrandes de la Régence notamment les troupeaux de bétails. Il ne fait aucun doute que Kacem Ben Ayed, habile commerçant, à su profiter de cette mission administrative et politiques pour renforcer les relations commerciales entre l’Empire ottoman et Djerba.

Le Caïd Ben Ayed et sa délégation, ont contribués à faire connaitre le savoir faire tunisien et la qualité indéniables des produits de la Régence, notamment la chéchia sous ses différents modèles, les dattes, les produits textiles de Djerba et du Djerid, en comptant bien entendu sur le réseau de Djerbiens, bien installés déjà à cette époque à Izmir ou Istanbul qui les aidaient à écouler les marchandises tout en s’informant des nouvelles de Djerba et de leur familles. Nous pouvons citer par exemple les familles Ben Taazait, Ounis et d’autres qui étaient déjà établis à cette période.

Après avoir écoulés leur marchandises à Istanbul, Izmir, ou parfois même au pays du Levant, les membres de la délégation achetaient les produits dont ils en avaient besoin pour leur commerce en Tunisie, comme le riz, le coton, les tissus, mais aussi de belles odalisques. Ils étaient aussi responsable des achats pour le compte de la Régence de Tunis.

Si Hmida Ben Kacem Ben Ayed prend la suite de son père par la suite, que ce soit pour occuper le poste de caïd de Djerba et de l’Aradh, ou en tant qu’armateur-corsaire, Hmida Ben Ayed continue de renforcer la relation commerciale entre Djerba et l’empire ottoman comme en témoigne de nombreuses lettre à l’archive nationale de Tunisie, notamment en 1809, par exemple nous retrouvons échabges entre les caïd Ben Ayed et des membre des familles Safraoui, Bou Zekri, Jebali, El Bessi, Arway, Ben Taafikidet, Talouin, Arrami, Ben Regeb, El Kebir …

Palais construit par Hmida Ben Ayed en 1775.

En 1861, la colonie tunisienne présente à Istanbul s’agrandit et se composait en grande partie de Djerbiens sans toutefois exclure les Sfaxiens ou les Tunisois. Les Djerbiens d’Istanbul sont surtout des gens du village de Mahboubine ou de Beni Maaguel.

Liste des commerçants tunisiens à Istanbul en 1861, par familles.

Parmi ces familles nous pouvons citer les Barbouchi, Hawami, Ben Lagha, Ben Salah, Ben Salem, Ben Slimen, Ben Taher, Ben Younes, Aissa, Kateb, Louati, Safraoui, Sifaoui, Maazouz, Othmen, …

La colonie se réduit à partir du début du 20-éme siècle beaucoup de tunisiens décident de rentrer, cependant il este quelque familles comme le montre cette liste de commerçants musulmans de 1882 à 1912, on peut y lire les noms de familles djerbienne tel que les Bel Hadj Ali, Ben Ayed, ou Ben Jebara.

Liste des commerçants musulman à Istanbul à partir de 1881.

La liste des familles djerbienne n’est pas exhaustive, on retrouve aussi d’autres grandes familles djerbienne qui ont développé leur commerce à Istanbul on peut citer Ben Yedder, Ben Zekri, Zulim, Arway, El Methni, et bien d’autres.

Extrait du fond Ben Ayed Archive nationale de Tunisie. Andreas Tunger-Zanetti, La communication entre Istanbul et Tunis 1860 -1913. Province et métropole, Paris, L’Harmattan, 1996, 300 p

Kais Ben Ayed

Alexis Gierra: l’un des premiers agents de Hamouda Pacha en France

Son parcours.

Né en 1776 sur l’île Saint Paul, au large d’Alicante et dans le royaume de Valence, Alexis Gierra appartient à l’une de ces familles d’origine ligure venues deux siècles auparavant peupler l’îlot génois de Tabarka, au nord-ouest des côtes tunisiennes. Quelques années plus tard ses parents retournent s’installer à Tunis. Cette identité particulière forgée entre occident et orient, lui permettra le 15 avril 1794, d’être nommé « premier interprète des langues arabes et turques dans les concessions d’Afrique au chef lieu de la Calle. (El Kala, Algérie). Suite à la dissolution de la compagnie il occupera les fonctions de premier interprète, ou drogman, entre 1794 et 1799. Outre la traduction de la correspondance administrative entre le gouverneur de La Calle et les autorités de Tunis et d’Alger, ces fonctions comprennent un rôle actif de médiation entre marchands français et arabes, ainsi que quelques tâches de renseignement sur l’arrière-pays maghrébin. Suite à l’expédition d’Égypte, il partage le sort des Français de La Calle qui seront mis en esclavage, et sera libéré en 1801 par le nouveau consul de France à Alger Dubois-Thainville.

Illustration du fort de Tabarka.

Son exil en France.

Alexis Gierra, se réfugie en France au printemps 1801, arrivé au Vieux port de Marseille, il sera nommé dès septembre en qualité d’interprète du dépôt. Gierra devient alors un acteur important du dispositif d’accueil et d’encadrement des réfugiés à Marseille, et sa maîtrise de l’arabe et du turc fait de lui un médiateur indispensable entre les autorités phocéennes d’une part, et de l’autre des individus qui pour la plupart ne parlent pas le français. D’un ancien ancien intermédiaire des Français en Afrique du Nord, il devient celui des « Orientaux » dans le port phocéen.

Bon élève, Gierra apprend rapidement non seulement à plaider sa cause, mais aussi à tirer profit de ses connexions ; il apprend surtout à assouplir son discours original sur son mérite ainsi que sur son absolue fidélité envers la France, au profit d’une conception plus pragmatique de ses compétences comme de sa loyauté. C’est donc sans même prendre la peine de la justifier par sa connaissance de la langue arabe ou ses relations avec le Bardo, qu’il annonce en 1819 sa nomination en qualité de consul tunisien dans le port phocéen. Cette décision beylicale plonge les autorités françaises dans l’embarras vis à vis de la Porte Sublime, Paris avance alors une solution permettant de satisfaire momentanément les exigences tunisiennes : jouant sur l’absence d’équivalence européenne de la titulature arabe de l’« envoyé » (wakil) tunisien, le gouvernement français propose en effet de ne reconnaître Gierra qu’en qualité d’« agent commercial » du bey sur le Vieux Port de Marseille.

Sa chute.

Cette reconnaissance partielle de la France, la résistance traditionnelle des milieux d’affaires phocéens, (et en particulier de la Chambre de Commerce) à l’activité des marchands maghrébins et juifs à Marseille, ajoutant à cela une crise commerciale commençante en 1820 durant laquelle Gierra est resté passif conduira les envoyés de Tunis, qui au départ l’avait soutenus, à l’écarter progressivement comme en témoigne la lettre de Gierra adressé à Si Soliman Kahia (Premier ministre) le 15 décembre 1821 dans laquelle il se plaint de l’attitude de Si Hassen Mourali, maître d’œuvre de la diplomatie tunisienne sous Mahmoud Bey (1814-1824) suite à son passage à Marseille, on peut y lire:

“À l’arrivée dans cette ville [Marseille] de Sidy Hassan Mourali, chargé de faire construire des frégates pour la Régence, je m’attendais à être honoré du profit de quelque commission sur les bâtiments provenant de Tunis et de ses dépendances, chargés de marchandises pour le compte de Son Altesse notre prince, afin de former sur ces commissions les fonds nécessaires à la construction des dites frégates, mais malheureusement je n’ai pas eu ce bonheur, et Sidy Assuna a donné la préférence à d’autres de sa convenance, qui profitent en cette occasion des avantages dont j’espérais bénéficier en tant que représentant du gouvernement tunisien, alors que nous sommes perçus (je ne sais pourquoi) comme étranger au service de Son Altesse Tunisienne”

La crise commercial de 1820 aboutira inévitablement à la célèbre « crise des huiles » de 1827 à 1828, et la passivité de Gierra du déroulement jusqu’au règlement d’une crise dont une partie non négligeable se joue pourtant sous ses yeux, à Marseille lui coutera une humiliation de la part de Sidi Mohamed Ben Ayed. C’est en effet lors du passage à Marseille de l’envoyé tunisien en France, que viendra le coup de grâce pour Gierra. Dans un rapport au garde des sceaux de la Régence, il détaille ainsi l’humiliation qu’a constituée le séjour dans la ville de l’émissaire tunisien :

“Cela m’a beaucoup déplu de ne pas avoir été en sa compagnie ainsi que j’aurai du l’être, et ce fut aussi préjudiciable à mon emploi de consul tunisien que de nombreuses personnes de ma connaissance, ne me voyant pas avec lui, aient pu croire que je n’étais plus consul, et observer le peu de cas que l’on faisait de moi. Par respect et obéissance envers les ordres de Votre Excellence, je continuai à aller le voir, et le trouvai toujours entouré de certains Juifs tunisiens domiciliés ici, et arrivé auprès de lui, c’est à peine s’il me rendait le salut usuel, et il ne me disait même pas de m’asseoir comme les autres [les Juifs] ; et ceux-ci avaient auparavant une attention à mon endroit qui est aujourd’hui disparue, du fait de la manière dont Sidi Ben Ayed me traitait en leur présence. […] Sidi Mohamed Ben Ayed a séjourné à Paris environ huit mois, je n’ai jamais connu ne serait-ce que son adresse, et il a toujours correspondu avec des personnes étrangères au service de Son Altesse ici à Marseille, pour faire passer à Tunis sa correspondance, etc., etc. Cela fait plusieurs jours qu’il se trouve de retour dans cette ville, et je ne lui ai pas rendu visite afin de ne pas être reçu comme par le passé, et pour ne pas donner à connaître au public, et particulièrement à ceux qui sont continument à ses côtés, le peu de cas qu’il fait de moi, je me suis résigné à séjourner à la campagne durant tout le temps qu’il restera à Marseille, abandonnant mes propres affaires afin de ne pas être vu en ville”

Alexis Gierra choisit de démissionner de ses fonctions consulaires afin de préserver « son honneur et sa réputation ». Il s’éteint peu après, le 15 juin 1835, à l’âge de 62 ans.

Référence “Alexis Gierra, « interprète juré des langues orientales » à Marseille” par M. Grenet.

Kais Ben Ayed