La merveille du Ksar Ben Ayed à Djerba.

Dans la plus belle des salles du palais Ben Ayed, de Djerba, que les propriétaires appellent Bît Si Younes, s’il y a une chose devant laquelle le visiteur s’émerveillera certainement, c’est bien son plafond en bois sculpté. Ce plafond magnifiquement décoré que l’on n’en trouvera nulle part ailleurs a été réalisé par l’un des meilleurs maître sculpteur de l’époque. En fixant ce chef d’oeuvre durant quelques instants on finira par remarquer des inscriptions en arabe, joliment écrit mais difficile à lire pour le commun des mortels. Il s’agit en fait de poèmes et d’invocations qui y ont été gravés. Ces décorations nous révèlent le passé de ce lieu mais aussi d’une certaine façon son futur.

La signature du maître sculpteur sur bois, le Stah CHAABOUNI.

Dans cette première photo, nous trouverons le nom du maître sculpteur en bois qui a réalisé le plafond, mais également la période durant laquelle il a été achevé (Septembre 1775) et une invocation. On peut y lire:

عمل هذا السقف المبارك المعلم احمد ابن الحاج عبد السلام الشعبوني وكان الفراغ منه اواخرشعبان عام تسعة و ثمنين ومأة والله كتب الحكم رجل غريب و امره في الناس امرعجيب يطلب من الله بجاه الحبيب نصر من الله وفتح قريب

“Ce plafond a été réalisé par le maître béni Ahmed fils du maître le Hajj Abdelsalem Chaabouni. Il a été achevé à la fin du mois de Chaaban 1189… Par Dieu celui qui écrit ces paroles est un étranger et son histoire parmi les gens est incroyable, il demande à Dieu par la grâce de son prophète le bien aimée une victoire de Dieu et une conquête prochaine”

Hmida Ben Ayed, une personnalité très pieuse.

Contrairement à ce que certaines personnes ou pseudo-historiens peuvent raconter, le Caïd et fermier général Hmida Ben Ayed était très pieux et très croyant comme en témoigne cette deuxième photo où l’on peut y lire ce poème gravé :

و من تكن برسول الله نصرته ان تلقه الاسد في اجامها تجم
و لن تري من ولي له غير منتصر له ولا من عدو غير منقصم
احل امته في حرز ملته كالليث حل مع الاشبال في اجم

Le sens général ce ce poème c’est que les honorables compagnons du Prophète Mohamed sAaws n’était glorieux dans leur guerre sainte que par la victoire du Prophète, même s’ils venaient à affronter des lions sur leur propre territoire. On ne verra jamais d’allié du Prophète sAaws vaincu ou l’un de ses ennemis vaincre. Il protège sa nation par sa religion (L’Islam), comme un lion régnant parmi les lions dans sa forêt.

D’ailleurs l’image suivante montre que Sidi Hmida Ben Ayed aimait contempler les paroles et les invocations qui arbore son plafond.

Parmi les activité de Sidi Hmida, on peut citer le commerce maritime et la piraterie, en effet il avait en sa possession de nombreux bâtiments maritimes qui servaient à cet effet. L’invocation que ‘on observe sur l’image au-dessus s’appelle l’invocation de la conquête ou de la victoire, on peut y lire:

صلي الله علي سيدنا محمد انا فتحنا لكا فتحا مبينا ليغفر لك الله ما تقدم من ذنبك وما تأخر ويتم نعمته عليك و يهديك صراطا مستقيما و ينصرك الله نصرا عزيزا نصرمن الله

Le sens général est le suivant: “Que la paix soit sur le Prophète Mohamed, nous t’avons donner la victoire (conquête) , pour que Dieu pardonne les anciens et les futurs pêchers, et qu’il te comble de ces bienfaits et te guide sur le droit chemin, et te donne la gloire par la gloire d’Allah”.

Un poème du passé illustrant le présent

Les inscriptions que l’on peut voir sur cette gravure sur bois a été rapportée par Malek Ibn Dinar. Malek était un pieux successeurs des compagnons du Prophète Mohamed sAaws il est décédé en l’an 748 ap J-C en Inde.

إلا يا دار لا يدخلك حزن ولا يغدر بصاحبك الزمان
فنعم الدار تأوي كل ضيف إذا ما ضاق بالضيف المكان 

Ibn Dinar raconte qu’en passant à proximité d’un palais, il avait entendu les percussions de servantes sur le douf et qu’elles chantaient ces paroles:

ô Maison, la tristesse ne te pénétrera pas, et le Temps ne prendra pas en traître ton propriétaire, une bonne maison est une maison qui accueillent ses invités.,tant que celle-ci est assez spacieuse pour les accueillir.

L’Histoire veut qu’après un certain temps, Malek revint à passer devant ce Palais. Il fût stupéfait que celui-ci s’était délabré. Il trouva une femme âgée et lui demanda si elle se rappelait de ce Palais et de ces servantes qui y chantaient, elle lui répondit:

ô Serviteur d’Allah, ne sais-tu pas qu’Allah a le pouvoir de changer les choses, mais que lui ne change point et que la mort viendra à bout de toutes créatures ! Par Allah, la tristesse a envahit les lieux, et le Temps s’est emparée de son propriétaire.

Chose incroyable ! Ces paroles n’étaient elles pas un avertissement pour le Caïd Hmida Ben Ayed et son Palais et de ce qu’il en adviendra, comme on le dit souvent l’Histoire se répète, ce qui s’est passé dans le récit rapporté par Malek Ibn Dinar c’est répété pour le Ksar Ben Ayed.

Il est temps de le restaurer et de lui redonner la place qu’il mérite dans l’Histoire de la Tunisie en général et de Djerba et Cedghiane en particulier.

Par Kais BEN AYED