Hmida BEN AYED

Investi de l’autorité familiale entre 1778 et le début du XIXe siècle, Hmida Ben Ayed associe ses frères et ses propres enfants à la gestion des affaires. Rageb et Hmida, tout en travaillant avec le même milieu, auraient eu des entrées différentes. Rageb aurait été proche de Mustapha Khûja et des milieux du négoce pro-français : il sert à la fois de financier au bey et de fermier des douanes portuaires. Il est en outre caïd du cap Bon de 1779 à 1800, l’année de sa mort. Son fils Mustapha devait lui succéder à cette charge de 1800 à 1805. Hmida, quant à lui, entretient des rapports directs avec Hammouda Pacha, avant même que ce dernier n’accède au pouvoir, et par voie de conséquence, avec Youssef Sahib al-Tabaa. Aussi détient-il le quasi monopole de deux caïdats, celui de Jerba avec son fils Younes (entre 1777 et 1814) et celui des A’raadh* avec son fils Ahmed (entre 1789 et 1813, à l’exception des années 1806-1813). L’importance de Hmida Ben Ayed s’accroît après 1782. Tout en continuant à être marchand et agent du Bardo*, il lui est confié la charge de recevoir
les invités du Palais, un rôle à la fois protocolaire et financier. Sous le règne de Hammouda Pacha, il assume en partie la préparation logistique des guerres avec Alger et Tripoli. Négociant pour la Cour et pour le bey, Hmida Ben Ayed est l’un des grands opérateurs économiques du pays : collecte et vente des céréales, huiles, légumes secs… provenant des produits de l’impôt, des domaines du bey ou des terres de la famille Ben Ayed. Dans le commerce extérieur, Hmida, ses parents et alliés consolident la dimension méditerranéenne de leurs échanges.Tous exportent directement leurs produits comme ceux du bey. De même ils importent autant pour leur propre négoce que pour celui de la Cour. Leurs opérations commerciales montrent comment ils réussissent à mobiliser, pour leurs transactions, le réseau des communautés de Jerbiens à travers la Méditerranée orientale, mais aussi une partie des négociants sfaxiens et juifs du pays. Les Ben Ayed commercent aussi avec les grands ports italiens, Trieste, Malte, Alicante, Barcelone et Marseille. En somme, pendant trois générations, les chefs de la famille Ben Ayed réorientent le centre de commandement des affaires en faveur de la branche dont ils sont issus.

La crise de Tripoli

En 1209, dans la nuit du lundi au mardi, cinq nuits après le commencement des deux nobles Rebïâa, neuf vaisseaux chargés de soldats et commandés par Kara Mohammed arrivèrent de Tripoli. Ils étaient envoyés par Ali, récemment nommé
gouverneur de cette ville après la fuite d’Ali Pacha El Ghrormali qui était allé habiter Tunis avec tous ses enfants. Les vaisseaux jetèrent l’ancre sur la côte Sud du mouillage de Ptomela, près du bordj Aghrir. Dans le premier tiers d’une nuit sombre et pluvieuse, les troupes tripolitaines descendirent à terre.
Elles furent reçues par les Djerbiens, non partisans de la guerre qui étaient allés au devant d’elles pendant que le reste de la population se reposait insouciante. Les troupes tripolitaines réparties en trois corps firent leurs préparatifs pour le combat et le lendemain matin, à la pointe du jour, se répandirent dans l’île.
Informé de l’arrivée des troupes, le Caïd Hmida Ben Ayed alors gouverneur de Djerba, se voyant abandonné par la population Djerbienne, mit son harem en sûreté dans la Zaouïa Abi-Zid et s’empressa de quitter l’île sur une monture au bordj El Kebir où il fut suivi de tous ses serviteurs pour en avertir le souverain de Tunis.
Les Tripolitains et les Djerbiens qui s’étaient joints à eux se rendirent dès le matin dans l’habitation du Caïd où ils se livrèrent au pillage, et un des serviteurs de ce dernier, Hafid El Hezami, surnommé Chebaz, ayant été tué, les autres prirent la fuite.
Les troupes tripolitaines poussèrent ensuite jusqu’au bordj, d’où elles repartirent aussitôt n’ayant rien trouvé à prendre. Le Caïd Hmida ben Gassem Ben Ayed errait à l’abandon sur la côte lorsqu’il vit arriver un navire envoyé par Kormane,
et commandé par Abou-Mezrak. Il monta sur une barque avec le reste de ses serviteurs et arriva ainsi au navire. Il ordonna b Bou-Mezrak de faire voile pour Sfax où il fut reçu par le 24 DESCRIPTION ET HISTOIRE Caïd Mahmoud Edj-Djellouli qui était venu au devant de lui et qui l’installa avec sa suite dans sa propre demeure. Informé des faits qui s’étaient passés, le jeudi sept Rebïaâ El Aouel, le Caïd Mahmoud Edj-Djellouli en rendit compte par écrit au très élevé Hammouda-Pacha, à qui il envoya un messager.

Devenu le maître de l’île, Kara Mohammed fut nommé gouverneur en remplacement du Caïd Hmida ben Gassem Ben Ayed qu’il calomnia ainsi que ses gens. Il se rendit ensuite au Souk El Kebir et fit annoncer par un crieur public, qu’il
accordait l’amane à la population de l’île ainsi qu’aux soldats encore dans les bordjs, qui lui remireat les clés sans résistance.
Le samedi neuf Rebiaâ El Aouel, le très élevé, viotorieux Hammouda, eut la bonne et juste idée d’envoyer des troupes pour parcourir la Régence.Il en confia le commandement à Mostepha Khrodja, qui emmena avec lui les enfants d’Ali-Pacha El Ghrormali, Ahmed Bey et Youssef-Pacha qui furent remis en possession de leurs biens.
Voulant reprendre Djerba, Hammouda fit appel à tous ses sujets tant soldats qu’arabes qui accoururent en grand nombre. Jamais souverain tunisien n’avait jusqu’alors obtenu un aussi gros contingent de volontaires. Le dimanche huit Rebiaâ Ets-Tsaui, à une heure de l’après- midi, les troupes se mirent en marche par la route de Kairouan.
Le samedi quatorze Rebiaâ Ets-Tsani, à une heure de l’après-midi, une immense flotte composée de gros vaisseaux outre les nombreux petits bateaux venus de Sfax, de Tunis et d’autres endroits, partit du port de Halk El-Oued (la Goulette)
sous les ordres de El Hadj Ali Edj-Djeziri.
Arrivée à Sfax, la flotte fut augmentée par des vaisseaux qui étaient venus se joindre à elle et le mercredi vingt-cinq Rebiaâ Ets-Ttsani, la flotte arriva dans la rade de Djerba où elle rencontra des vaisseaux de guerre tripolilains qui s’enfuirent à Tripoli pour informer Ali-Pacha de l’arrivée de la flotte tunisienne à Djerba. Les vaisseaux restèrent sept jours en rade sans combattre ; mais le huitième, qui était un mercredi, trois Djoumada El Aoula, année 1209, les troupes débarquèrent sur la côte du Bordj Djelidj et Kara Mohammed qui leur avait livré bataille dans l’après-midi de ce même jour fut complètement défait malgré ses retranchements en terre.
Après sa défaite, Kara Mohammed s’enfuit avec ses serviteurs sur la côte sud qui est celle où il avait débarqué la première fois. Des vaisseaux tripolitains chargés de matériel de guerre se trouvant à cette même époque dans le port de la Sékia. arrivèrent à leur secours et les ramenèrent à Tripoli le jeudi neuf Djoumada El Aoula. Kara Mohammed était resté maître de l’île pendant cinquante-huit jours et Dieu mit fin aux combats entre les croyants. Les soldats tripolitains restés à Djerba devinrent les sujets de El Hadj Ali Edj-Djeziri qui fut nommé gouverneur après le départ de Kara Mohammed.
Livrés à eux-mêmes et autorisés par El Hadj Ali Edj- Djeziri, les soldats Tunisiens pillèrent le Souk El Kebir ainsi que la Zaouïa des Djemeniyne qui ne fut pas plus épargnée que le Maâkal (lieu d’asile) du Djamaâ Mahboubine et autres. Tous les esclaves qu’ils rencontrèrent furent pris par eux et ceux qui ne purent être rachetés par leurs maîtres furent emmenés à Tunis. Deux jours après l’arrivée des troupes tunisiennes à Djerba, Ahmed Gourdji (géorgien), aide–de-camp du Caïd Hmida Ben Ayed arriva avec des Arabes de l’aârad par le passage de Tarbella, précédant de deux jours le Caïd Hmida Ben Ayed qui passa par El Kantera suivi d’autres arabes.
Après leur arrivée, le Caïd Ben Ayed et son aide-de-camp se rendirent auprès de El Hadj Ali qui était chargé de l’administration de l’Ile où il n’exerça son commandement que pendant environ soixante jours.
Lors du retour à Tunis de El Hadj Ali Edj-Djeziri qui ramena la flotte en parfait état, le très élevé Hammouda-Pacha qui avait été informé des méfaits commis par lui à Djerba, le réprimanda de la façon la plus sévère au point qu’il en devint
fou. 11 fut alors mis aux carcan et aux fers où Dieu le fit mourir dans d’affreux tourments. Le Caïd Hmida Ben Ayed ayant abandonné l’Ile sans combat fut destitué un samedi, à une heure de l’aprèà-midi, le six Cheoual 1209. Il fut remplacé dans son commandement par le Caïd Mostepha ben Hessine El Kebir qui partit pour Djerba le lundi vingt-sept Di El Kâada. Destitué lui-même
le vendredi, douze Safar, il fut remplacé par le Caïd Younesse, fils du Caïd Hmida Ben Ayed qui arriva à Djerba un vendredi à midi, le treize Djoumada Ei Aoula 1212.
Il fut destitué à son tour le vingt-cinq Di El Hodjdja 1220, après un commandement de huit années et neuf mois. Il fut remplacé par le Caïd Mohammed, fils du Caïd Mahmoud Edj- Djellouli, qui fut aussi destitué le dix-huit Chaâbane 1221, après un commandement de huit mois moins trois jours et remplacé par le Caïd Mohammend El Mourali, lieutenant de Hassen El Kebir. Celui-ci fut révoqué et enfin remplacé le treize Cheoual 1223 par le Caïd Hmida Ben Ayed.

Bataille de Constantine (1807)

Combats de l’Ouad-Remel. — Les Tunisiens repoussés, se mettent en retraite et abandonnent leur camp.

Cependant, l’armée de secours annoncée d’Alger, s’était enfin mise en route, sous le commandement du bach-ag’a ; elle se composait de quatre-vingt tentes et établit son camp à l’Ouad-Remel, comme d’habitude, et s’y retrancha. On apprit, en même temps, qu’un autre corps algérien, fort de quarante tentes, venant de Bône, s’avançait, à marches forcées. Le siège durait depuis un long mois. Il n’y avait pas de temps à perdre, Slimane fi t attaquer le camp de l’Ouad-Remel, par la division les cavaliers de l’Arad, sous les ordres de Hmida Ben Ayed. On se battit de part et d’autre avec acharnement ; mais après de brillantes passes d’armes, les Tunisiens, définitivement repoussés, durent rentrer dans leurs lignes.

« Un instant, à la vue de leurs adversaires, le courage des Tunisiens se réveilla ; ils sentirent la nécessité de mettre de côté leurs passions, d’oublier leurs querelles ,afin de réunir leurs efforts en commun dans la bataille qui allait s’engager. Toutes les dispositions ayant été prises, l’ordre de commencer l’attaque fut donné par Soliman Kahia. Aussitôt, la cavalerie tunisienne, contingent considérable fourni par les tribus de L’Arad et placée sous le commandement de Hmida Ben Ayed, déploya ses nombreux escadrons dans la plaine et fondit avec une intrépidité incroyable sur l’avant-garde algérienne.

Accueillie par une vive mousqueterie et exposée au, feu bien soutenu de la place, la division de Hmida ne put forcer les rangs  algériens, qui résistèrent bravement à son choc terrible, et elle dut se replier sur le gros de l’armée, immobile spectateur de ce premier engagement, soit qu’il en eût reçu l’ordre de ses chefs, soit qu’il refusât de se porter en ayant dans la crainte de se faire tailler en pièces.

La cavalerie arabe qui était impatiente d’en venir aux mains avec l’ennemi, se porta sur son camp. Hamida Ben Ayad la commandait. Les Algériens tinrent ferme ; mais l’attaque des Arabes persistant toujours, on fit pleuvoir sur eux de la mitraille. Ce feu détermina leur fuite pendant laquelle Ben Ayad fut fait prisonnier. Pendant que les Algériens emmenaient ce général, ses mameluks et ses nègres se ruèrent avec impétuosité sur son escorte et le rendirent à la liberté.

Suite à cette défaite, Hmida BEN AIAD en battant retraite se fait prisonnier sous ordres du Bey mécontent de cette défaite, Mohamed Hamouda LASRAM, Chef des zouaouas l’accompagne en signe de compassion et de respect.

Cela ne diminue en rien le dévouement du Caid Hmida BEN AYAD pour son Bey, suite à une nouvelle attaque, il envoi au Bey depuis sa prison où il ne lésine pas à mettre sa fortune et sa grande cavalerie au service du Bey pour combattre.

Dans « La Politique de Hamouda Pacha entre 1782 et 1814 » de Rachad Al Imam Hamida Ben Ayed ai décrit comme proche conseiller et chef militaire de Hamouda Pacha.

Hamida Ben Ayed (d. 1817)

Il est originaire de l’île de Djerba, il occupa les postes civiles et militaires les plus prestigieux au sein de l’Etat Tunisien. Il occupa le poste de Caïd dans plusieurs régions de la Tunisie. Il occupa également le poste d’agent du Bey, et fournissait tout ce dont avait besoin les invités de la Tunisie venant de la Tripolitaines, nourritures, logements et autres. Ce poste témoigne que cet Homme est digne d’une grande confiance auprès de Hammouda Pacha. En plus de cela, comme en témoigne le consul Britannique de l’époque, Ben Ayed était l’un des plus riches tunisiens œuvrant dans dans le commerce extérieure. En ce qui concerne les missions militaires, Hamida Ben Ayed était Général de la cavalerie durant la guerre de la Tunisie contre l’Algérie en 1807, une guerre durant laquelle ce chef montra le courage d’un héros, et nous ne serons pas surpris de son courage si l’on apprend qu’il a dépensé une grande quantité en argent propre, pour mener la deuxième campagne militaire tunisienne contre l’Algérie après l’échec de la première.

Ce Général était l’un des Hommes tunisiens les plus proches de Hamouda Pacha, l’un de ses meilleurs conseillers, Ibn Abi Dhiaf le décrit comme : « Hamida Ben Ayed était toujours à la disposition de son Bey, il siégeait auprès de lui, lui prodiguait ses conseils et influait sur ses pairs.

حميدة بن عياد