Mohamed BEN AYED

Mohamed Ben Ayed, est le fils du caïd de Djerba, armateur corsaire et associé du puissant ministre mamelouk Youssef Saheb Ettabaâ, Hmida Ben Ayed.

Mohamed BEN AYED

Il suit des études poussées en arabe et en histoire puis entre au service de son père. Il est nommé par les beys successifs comme caïd de Sousse, de Djerba puis, à la mort de son père en 1817, de l’Aradh (province du Sud-Est tunisien). Il associe en 1824 à ses affaires le nouveau principal ministre, Chakir Saheb Ettabaâ, notamment dans les opérations d’exportation d’huile d’olive et dans l’armement corsaire. La crise qui touche le secteur ne l’atteint pas et il en profite pour étendre son emprise sur l’exportation de plusieurs produits agricoles.

Dans son livre, Ahmed Ibn Abi Dhiaf, « Présent des hommes de notre temps » (Ithaf Ahl al-zaman bi Akhbar muluk Tunis wa ‘Ahd el-Aman (إتحاف أهل الزمان بأخبار ملوك تونس وعهد الأمان) ) tout un chapitre lui est consacré. On y lit que le Mushir Ahmed Pasha Bey lors de sa visite sur l’île de Djerba aurait passé une nuit dans ce palais somptueux. On y lit également que Mohamed Ben Ayed était un amoureux de Djerba et de ses habitants !

En 1831, il est ambassadeur en France pour le compte d’Hussein II Bey et c’est en cette qualité qu’il est présenté à Louis-Philippe, nouveau roi de France, par le consul Mathieu de Lesseps. La fin de la très lucrative activité corsaire, imposée par les puissances européennes, l’amène à démanteler sa flotte et le prive de tout revenu lié à la course. À l’avènement d’Ahmed Ier Bey en 1837, il est progressivement évincé de sa place de principal conseiller du bey pour les opérations de commerce au profit de son fils cadet, Mahmoud Ben Ayed, jugé plus progressiste et acquis aux nouvelles valeurs européennes. D’ailleurs, en 1847, une brouille avec son fils à propos de la création d’une banque privée l’amène à se réfugier au consulat britannique. À partir de cet épisode, sa famille et lui-même prennent leurs distances avec Mahmoud.

En juin 1852, dans un climat de début de crise financière et craignant la convoitise du nouveau bey, son fils fuit en France et provoque une crise entre la Tunisie et la France, cette dernière accordant sa protection à l’homme d’affaires : c’est l’affaire Mahmoud Ben Ayed. La révélation de ses détournements colossaux ébranle fortement la famille et ses entreprises.

Mohamed Ben Ayed prend sa retraite dans le palais qu’il s’est fait construire à Gammarth et meurt en 1853 après avoir vu la dislocation de la fortune familiale à la suite de la fuite de son fils. Selon l’historien Jacques Revault, ce palais est la copie des palais de plaisance qu’aurait pu voir le caïd en Europe, avec faïence, marbre italien et pavillon en bord de mer. Le nouveau souverain, Mohammed Bey, ordonne cependant de dépouiller entièrement le palais et son mobilier pour décorer son propre palais à La Marsa.

Son petit-fils par son ainé Abdelrahmane (décédé en 1835) devient le chef de famille : c’est le caïd et général Hamida Ben Ayed.

« Celui qui excelle à résoudre les difficultés le fait avant qu’elles ne surviennent. »

L’art de la guerre. Sun Tzu


Notre aïeul le Général Mohamed BEN HMIDA BEN AYED, deux fois ambassadeurs auprès du roi Louis-Philippe Ier l’avait bien compris c’est grâce à ces précieux conseils et son expérience qu’une guerre entre la Régence de Tunis et le Royaume de Sardaigne fut évitée.
Un détail de l’Histoire de Tunisie qui a toute son importance ! Nous sommes en l’an 1831, un diffèrent éclate entre le Royaume de Sardaigne et le Royaume de Tunis. Un bâtiment sarde ayant débarqué des marchandises de contrebandes à la Goulette, le capitaine fut arrêté et reçu la bastonnade (الفلقة), d’après les ordres du Caïd. Le consul sarde irrité de cette violation de droit se rendit aussitôt au Bardo et en demanda réparation à Hussein Bey en employant un langage ferme et énergique, ce qui provoqua le mécontentement du Bey qui refusa formellement la demande du consul !
Ce dernier porta l’affaire à son gouvernement et quelques temps après, une flotte sarde-napolitaine forte de douze à quinze voile parus dans le golfe de Tunis et jeta l’ancre devant Carthage.
Les tambours de la guerre étaient lancés, mais avant de commencer les hostilités, Hussein Bey réunit son Diwan, il exposa l’origine de cette malencontreuse affaire et déclara qu’il était décidé de faire la guerre et à exterminer les infidèles.
« La voix du prince n’est autre que la voix d’Allah » s’écrièrent tous à la fois les membres du conseil, « Guerre, Guerre aux chrétiens ! »
Mais au milieu de ce tumulte effroyable, Mohamed ben Hamida BEN AYED, l’un des personnages les plus remarquable de la Régence, le même qui depuis quelques jours était revenu à Tunis de son ambassade à Paris, BEN AYED, éleva la voix et supplia le Bey de lui accorder la parole.

« Puissant prince, dit-il que le miséricordieux Allah conservent tes jours dans l’éternité et le bonheur ! J’arrive d’Europe ; J’ai vu les forces des chrétiens, les richesses dont ils disposent, j’ai reconnu leur expérience dans les choses de la guerre, j’ai appris en partie leur politique, déclarer la guerre à la Sardaigne, c’est déclarer la guerre à la chrétienneté entière, ce serait une imprudence ; L’Europe est très peuplée, quinze année de paix ont augmentée considérablement sa population, et à peine peut-elle suffire à pourvoir à l’existence de ses habitants, les Européens cherchent tous les moyens de s’emparer de notre vaste et fertile pays, cette terre des vrais croyants de l’islamisme tient en sa possession, depuis un nombre d’année infini ; ils cherchent à s’en emparer sous les prétextes les plus frivoles. Les grandes puissances de l’Europe ne veulent pas montrer qu’elles sont elles-mêmes les exécutrices de cet infâme dessein, mais elles poussent en avant les puissances inférieures et viennent ensuite à leur secours, sous le titre de défenseurs. Je te dis la vérité, grand prince, et je prends le ciel pour témoin de ce que j’avance ; l’exemple de la puissance Alger doit te suffire. »

Le Bey Hussein demeura longtemps stupéfait et abattu ; après le discours de BEN AYED, qu’il connaissait, du reste, pour le serviteur le plus sage et le plus fidèle de sa cour, il resta tout pensif pendant un moment et se prenant la barbe et prononça lentement ces mots :
« Giusto ! Giusto ! » et le pire fut ainsi évité.